HACIA EL EJE PARIS-MOSCU?

Entretien exclusif avec le Général Pierre-Marie Gallois sur la situation géopolitique et militaire de la France

Le Général Pierre Marie Gallois est l'initiateur de la force de dissuasion française, ses études stratégiques sont de renommée internationale.
On lui doit notamment plusieurs ouvrages retentissants : Le Soleil d'Allah aveugle l'Occident, Le Sang du pétrole, La France sort-elle de l'histoire?, Le sablier du siècle et plus récemment Géopolitique, les voies de la puissance.

Il a bien voulu nous recevoir, afin d'expliquer à nos lecteurs la situation militaire et géopolitique dans laquelle se trouve notre pays.


Quelle est votre définition de la géopolitique ?

La géopolitique est une discipline qui a pour objet d'étudier l'influence du milieu et du temps sur l'évolution et le comportement des peuples. Autrement dit, les peuples sont mis en condition, sont formés par le lieu physique dans lequel ils vivent et par les épreuves ou par les succès qu'ils ont partagés en commun au cours des siècles. Ceci veut dire que comme la terre est inégalement composée et que les climats, les reliefs, le régime des eaux, la fertilité des terres, créent un cloisonnement, et les peuples, par nature, se retrouvent être différents en fonction des zones territoriales qu'ils occupent. Cela veut dire, par corollaire, qu'il faut respecter les peuples tels qu'ils sont : ils ne sont ni bon ni mauvais, ils sont ce que la nature et le temps en ont fait, ils sont des facteurs indépendants des individus. D'où la nécessité de ne pas intervenir dans les affaires des autres peuples, de ne pas les juger, tout du moins de ne pas les juger par rapport aux sentiments que l'on a de soi, ce que l'on fait aujourd'hui abusivement.

En quoi et comment la géopolitique France s'oppose aux intérêts des Etats-Unis?

Ce n'est pas la géopolitique des Etats-Unis qui s'oppose à la France, c'est l'existence même de la France, en tant que nation indépendante, qui s'oppose aux Etats-Unis. Les Etats-Unis ont intérêt à exercer leur domination sur la totalité de l'Europe, ils ont choisi comme interlocuteur privilégié l'Allemagne, qui est la plus grande puissance européenne.
Ils espèrent, parfois en suscitant des troubles, comme cela a été le cas en Yougoslavie, justifier la présence de l'OTAN, c'est-à-dire la présence armée permanente sur le territoire européen. De ce fait, les pays européens, à cause de la construction européenne, ont perdu toute souveraineté dans ce domaine.
L'Allemagne, fait le relais pour l'économie, et de ce fait la France n'a plus d'économie nationale, plus de droit ‹le droit européen l'emportant sur le droit français; elle n'a plus de diplomatie, elle est devenue américaine, elle n'a plus d'armée, l'armée est sous le contrôle de l'OTAN, et enfin la France n'a plus de frontières. Depuis 15 à 20 années, la France a perdu tous les attributs d'un Etat souverain.

Tout cela pour le plus grand bénéfice des Etats-Unis...

Bien évidemment. Ainsi la France et l'Europe toute entière sortent de l'histoire. Qu'est-ce qui a fait la richesse et le rayonnement de celle-ci dans le monde ? C'est sa diversité. C'est le fait stimulant des rivalités entre les états européens. Cette rivalité disparaît avec l'uniformisation européenne.
En plus, en favorisant l'immigration, en particulier celle de l'islam, l'Amérique est assurée de détruire le potentiel scientifique et technique européen. La culture islamique étant surtout une culture artisanale, une culture religieuse, une culture de parole plus qu'une culture scientifique.

Quel regard portez-vous sur l'interventionnisme tous azimuts des Etats-Unis ?

Il est dans la logique des choses. L'Amérique devenue, du fait de la disparition de l'URSS, l'unique superpuissance, elle veut le rester. Je dois dire que si j'étais Américain, j'aurais la même ambition. Pour le rester, il faut empêcher que d'autres puissances rivales puissent émerger. Les puissances rivales de demain étant la Chine, l'Inde et peut-être une Russie régénérée.

Comment jugez-vous les contradictions de l'Europe en matière géopolitique et en matière de défense ?

C'est très simple, pour qu'une armée ait un sens, il faut qu'elle ait une terre à défendre, des frontières à protéger et qu'elle ait un ennemi qui la menace.
Aujourd'hui aucune de ces trois conditions ne sont réunies. Tout à fait naïvement et impressionnés par la guerre du golfe, certains de nos dirigeants ont voulu transformer notre armée à distances, c'est le cas au travers de la loi programme de 1995. Mais nous n'avions aucun des moyens correspondant. L'Amérique a une culture de guerre à distance, elle s'est battue en Afrique, dans le Pacifique, en Europe, et dans le Moyen-Orient, elle a mûri une doctrine et s'est dotée d'un matériel correspondant.
Or nous, face aux Russes, nous avons envisagé un éventuel combat sur courtes distances, nous nous sommes donnés aucun des moyens de projection à distance. Nous avons aucun des éléments qui permettent la projection des forces à distance. Tout cela est une vue de l'esprit.

Et la faiblesse congénitale de l'ONU ?

L'ONU n'existe que par les Etats-Unis, l'ONU est un instrument sous contrôle des Etats-Unis.

Quel regard portez-vous sur la politique conduite en Russie par le Président Poutine ?

Je pense qu'il est capable de régénérer ce peuple. Il se peut qu'un jour il se révèle redoutable par sa capacité intellectuelle qui est considérable, par le patriotisme de sa population, et par l'immensité de ses richesses.

Est-ce à dire que la Russie pourrait se révéler comme un adversaire de la France ou de l'Europe de l'Ouest ?

Non. Je ne le crois pas. Je crois que la Russie devrait faire corps avec l'Europe de l'Ouest afin de rééquilibrer les intérêts européens face à l'Amérique. Méfiez-vous car, actuellement, la Russie détourne vers l'Ouest ses richesses énergétiques ‹gaz et pétrole‹ que nous consommons. Si demain, elle les détournait vers le Japon, l'Asie, l'Inde et qu'elle signait un accord avec l'Inde et la Chine, ce trio serait demain tout à fait redoutable. Cela, les Américains l'ont parfaitement compris.

Selon vous, quelles peuvent-être les conséquences de la montée des idéologies de la haine et de la main-mise grandissantes des mafias sur les activités financières ?

Depuis que l'on a découvert l'importance énergétique avec la crise de Suez puis de 1973, il est évident que l'Islam est en train de vivre sa troisième expansion : la première c'était après Mahomet, la seconde, c'était avec l'empire Ottoman et la troisième se fait sous une forme plus subtile, à savoir par la prise de participation financière dans les grandes entreprises occidentales. Cela permet de contrôler indirectement les médias au travers de la publicité.

Comment l'Islamisme se trouve être l'allié objectif des Etats-Unis ?

Ils en sont l'allié car les Américains ont estimé que l'aire islamique dans le Vieux Monde couvre un territoire qui sépare en deux le pôle économique européen du pôle économique
asiatique, qui recèle, lui, d'immenses richesses énergétiques et qui, scientifiquement et techniquement, n'est pas un compétiteur. C'est par conséquent le client idéal, celui qui a besoin d'acheter de la technique en échange de son pétrole; de ce fait, les deux économies sont complémentaires.

Face à ces dangers, il semble que nous assistons à une dilution de l'autorité de décision politique...

Naturellement, tous les efforts qui sont fait en ce moment consistent à substituer l'individu à la collectivité. On magnifie l'individu en exaltant ses droits, afin qu'il oublie qu'il vit en société et qu'il a des devoirs à son encontre. C’est ainsi que la France est devenue un pays ludique, où tout compte, à condition que ce soit le football, le tour du monde à la voile, le tennis... Regardez les journaux et observer la place consacrée à la mode, à la bouffe, aux vacances... C'est comme cela que ça se passe sous la cinquième république.

Où en est l'arme atomique en France ?

On a fait un pari audacieux en 1995, à savoir que l'on a décidé qu'il n'était plus la peine de faire des essais, alors que dans le même temps les Américains développaient, eux, leurs essais.
On pouvait poursuivre des essais avec des charges nucléaires de faibles énergies qui n'auraient gêné personne. Mais, il est vrai que l'on ne comprend jamais rien aux affaires militaires en France. Ce choix est irréversible du fait que les équipes scientifiques ont été dispersées.
Les Américains estiment que la simulation ‹à laquelle nous nous sommes ralliés‹ n'est pas suffisante et qu'il faut des essais. C'est pour cela qu'ils ont refusé de signer le traité d'interdiction de tous les essais qu'ils voulaient proposer au reste du monde auparavant. Comme des imbéciles, nous avons cru à leur traité et par la-même tout sacrifié.
Mais cela est sans importance, du fait que nous ne sommes plus un état, mais une province.

Iriez-vous jusqu'à dire que nos dirigeants ont vendu notre France à l'étranger ?

Non. Ils ne l'ont pas vendu, ils ont simplement cru à un mythe, qui est le mythe européen.

Quels sont les alliés historiques qui nous restent ?

Aucun. Nous avions l'Irak que nous avions conduit au nucléaire et que nous avons ensuite bombardé car Bagdad avait fait selon nos conseils.
Ensuite, nous avions la Serbie, qui s'est sacrifiée en 1917 et en 1941 pour lutter contre l'Allemagne, nous l'avons bombardée. Pour quoi faire? Pour créer un état musulman supplémentaire avec la Bosnie ! Je considère que c'est une politique de sot.

Que pensez-vous de l'armée de métier ?

Elle était indispensable au moment où nous avions affaire à l'URSS et, peut-être, une fois la menace passée, aurions nous pu établir la conscription au moins pour deux raisons : une tâche de police intérieure, apprendre aux Français de souche et aux autres à vivre en commun... Cela fait partie du lot général.

Comment peut-on sortir de la sphère dans laquelle nous sommes ?

On n'en sortira pas. Tout ce qui a été accompli est irréversible. La France a cessé d'être un Etat, elle est une province. Au moment où l'on va à Marseille en 3 heures, on donne de nouveaux pouvoirs aux régions.
C'est hallucinant tout de même.

[Propos recueillis par © Xavier Cheneseau].

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